SA MUSIQUE, SON ENFANCE…


L’enfance de Senny Camara fut bercée par les musiques ouest-africaines qui la nourrissent encore aujourd’hui. Née à Dakar, elle a été élevée par une grand-mère traditionaliste dans le village de Tataguine à 130 kilomètres de Dakar, dans une région du Sénégal majoritairement habitée par les Sérères.

Elle a grandi dans une ambiance musicale peuplée par les chants de guérison – les « Ndeup » – et les envolées lyriques des cantatrices sérères qui ponctuent les combats de lutte traditionnelle. Elle a aussi la culture mandingue dans les veines, par son père.

Tout commence à l’âge de 2 ans. Senny quitte Dakar, son père, sa mère et ses frères & soeurs pour être confiée à sa grand-mère sérère. “Elle a tout fait pour moi. Elle ne m’a pas porté dans son ventre mais il y a que ça qu’elle n’a pas fait pour moi”. Senny est bercée par la nature et les traditions qui rythment la vie du village.
Elle fera ses premiers pas dans la forêt avec sa grand-mère. “Elle me portait sur son dos et me déposait au milieu de la forêt chaque jour pour y trouver ce que la nature avait à offrir. Je me retrouvais seule enivrée par les odeurs et les sons de la forêt, parfois entourée de serpents ou autres bêtes sauvages… Elle apparaissait comme par magie, sereine et d’un seul regard, faisait fuir les éventuels dangers…”  Pas une journée sans aller cueillir des fruits et ramasser toutes sortes de plantes et des morceaux de bois aux vertus fantastiques…

Tout ce que je mangeais venait de la nature. Tout. Ma grand-mère choisissait les meilleurs “Nin Tui”, brosses à dents naturelles issues de la tige du Margousier. Elle m’a appris à utiliser le “Moringa”, plante magique qui soigne tout… On l’appelle aussi “Never Die.

C’est dans cette ambiance que Senny découvre la musique, notamment lors des cérémonies de “NDeup”: chants sacrés de guérisons, accompagnant sa grand-mère qu’elle ne quitte jamais. 

Senny apprend toute seule dès l’âge de 3 ans la plupart des chants de guérisons et se met à fredonner… ce qui est pourtant interdit… car il ne suffit pas de savoir chanter, il faut savoir soigner ! Les “NDeup” associent des musiques et chants sacrés afin de guérir par l’état de transe. Malgré les qualités hors normes de Senny à son âge, l’interdit prévalait, alors elle chantait seule ou en cachette.

“La musique a été une surprise dans ma vie. je suis la seule à faire de la musique dans ma famille. J’habitais en face de familles de griots et je chantais avec eux, chaque jour”

“Le respect de l’autre, de la nature, l’unicité sont les piliers de mon inspiration, de mon équilibre”.

La musique de Senny est un doux mélange de ses origines Sérères, Mandingues, Peuls mais également Lébou par sa grand-mère.

Une grand-mère qui savait soigner par la musique et les chants, autour du baobab familial. Une simple calebasse et de l’eau pour se purifier. .

Senny rejoint l’école française sous l’impulsion de sa grand-mère très concernée par l’avenir des enfants comme l’est Senny aujourd’hui. A la sortie de l’école, grâce à son transistor à piles, la petite Senny découvre la culture Mandingue de son père, ancien tirailleur sénégalais, et la vénérable Mahawa Kouyaté – dont elle chante le répertoire en secret mais sur le bout des doigts !

Elle est tout de suite fascinée par la sonorité de la kora et tombe sous le charme du couple “royal”,  Mahawa Kouyaté et Soundioulou Cissokho.

Sa voix m’a tellement touchée. Le son de la Kora m’a totalement envahie. Mahawa Kouyaté est pour moi une diva magnifique. La kora est mon amie, ma thérapie, elle a transformé ma vie.