Son inspiration, SA KORA


La première fois que Senny découvre le son de la kora, c’est sur les ondes de la radio nationale Sénégalaise. Elle a 7 ans. A la maison, à l’heure du déjeuner, la famille se réunissait pour manger au rythme de la musique traditionnelle. 

De la curiosité d’abord, le désir d’apprendre ensuite, puis la fusion avec l’instrument. La kora transforme ses peines et parfois ses révoltes en inspiration, en force et en espoir.

Je me souviens encore. Soundioulou Sissoko jouait de la kora et Mahawa Kouyaté, sa femme, chantait. La sonorité singulière de la kora et la voix envoûtante de la diva m’ont captivées tout de suite et ne m’ont plus jamais quittées. 

Qu’elle soit heureuse ou triste, Senny puise dans les chansons de Mahawa Kouyaté, l’équilibre et le respect de l’autre à l’instar de la chanson d’amour, Nanfoulé. La cantatrice y déclare son amour absolu pour son mari, son roi… et son profond respect pour ses co-épouses.

J’ai commencé tardivement la kora par peur de jugement du milieu masculin. J’avais 22 ans. C’est un ami musicien, Youssoufa, issu d’une famille Mandingue qui jouait dans les cérémonies à Mbour qui m’a fabriqué ma première kora traditionnelle et enseigné les bases

Senny a pris ses premiers cours de kora presque en cachette… Puis sous le regard exigeant du père de son ami professeur.

 Surpris, il m’a demandé si je voulais vraiment me lancer dans l’apprentissage de la kora – Je lui ai dit oui avec humilité et conviction – Il m’a donné son accord et demandé de respecter cet instrument merveilleux mais aussi de me laisser le temps de l’apprivoiser 

Après de longs mois de travail, Senny se sent enfin prête à intégrer le conservatoire de Dakar en 2000 et y pratiquera avec rigueur et passion la Kora pendant quatre ans.

Les femmes joueuses de kora sont rarement mises en avant bien qu’elles soient de plus en plus nombreuses à s’emparer de cet instrument si longtemps réservé aux hommes. D’ailleurs, à ses débuts au conservatoire, il y avait plus de femmes que d’hommes dans sa classe.

C’est encore moins évident pour une femme de réussir à vivre de son art ; entre les obligations familiales, le rôle de mère, le travail, il n’est pas rare que les femmes, même pleines d’ambitions, soient obligées de décrocher.

La kora est un instrument très exigeant qui demande des heures et des heures de répétition même avec les enfants dans le dos. Grâce à la force de ses deux mamans de cœur, Mahawa kouyaté et Rohkia, sa grand-mère, elle n’a jamais renoncé et explore même de nouvelles façons d’accorder sa kora !

J’ai joué sur d’autres tonalités que la célèbre Silaba ou Sawta. J’ai commencé à accorder ma kora différemment pour obtenir d’autres mélodies tout en respectant la tradition.

Je m’autorise également à explorer toutes les possibilités incroyables qu’offre la Kora en fusion avec d’autres instruments, d’autres styles musicaux.

A la fin de mes concerts, certains spectateurs viennent me voir pour me remercier ou m’offrir un cadeau, parfois en pleurant. Je suis si touchée… J’ai la conviction que la kora accorde nos âmes, le sentiment que nous nous comprenons et partageons une harmonie sans frontières, ni jugements